Un neveu hérite avec un abattement de 7 967 € sur sa part de succession, puis paie des droits au taux de 55 % sur le solde. C’est l’une des situations les plus lourdement fiscalisées en matière de transmission, et je vois régulièrement des familles découvrir ce chiffre bien trop tard, au moment où le notaire présente la facture.
Je vous explique ici comment fonctionne cet abattement, dans quels cas il peut être plus élevé, comment calculer concrètement les droits de succession d’un neveu ou d’une nièce, et ce qu’il est possible de faire pour anticiper cette fiscalité.
L’idée reçue qui coûte cher aux familles
Beaucoup de gens pensent que la famille, c’est la famille : oncle, tante, neveu, nièce, tout le monde hérite dans les mêmes conditions. C’est une erreur fréquente, et elle est coûteuse. Le fisc distingue très précisément les liens de parenté, et un neveu est fiscalement bien moins bien traité qu’un enfant ou même qu’un frère.
Les neveux et nièces appartiennent à la catégorie des collatéraux du troisième degré. Cette classification entraîne un abattement faible et un taux d’imposition parmi les plus élevés du barème successoral. Vous pensez transmettre un patrimoine familial à votre neveu sans qu’il en perde la moitié ? Voici pourquoi c’est rarement aussi simple.
Quel est l’abattement pour un neveu en succession directe ?
Lorsqu’un neveu ou une nièce hérite directement d’un oncle ou d’une tante, l’abattement applicable est de 7 967 € par héritier. Ce montant est fixé par le code général des impôts, consultable sur impots.gouv.fr, et réévalué périodiquement en fonction de l’inflation.
Concrètement, si le neveu hérite d’une part de 50 000 €, il paie des droits sur 50 000 : 7 967 = 42 033 €, au taux de 55 %, soit environ 23 118 € de droits. La facture est salée, et il faut la régler dans les six mois suivant le décès.
Mon conseil : dès qu’un patrimoine dépasse quelques dizaines de milliers d’euros, ce niveau d’imposition justifie de réfléchir à une transmission anticipée. Je vous conseille de consulter un notaire bien avant le décès, pas après.
Et si le neveu hérite par représentation ?
La représentation successorale est un mécanisme méconnu mais décisif. Si le père ou la mère du neveu : c’est-à-dire le frère ou la sœur du défunt : est décédé avant ce dernier, le neveu peut « représenter » son parent dans la succession.
Dans ce cas, il bénéficie de l’abattement qui aurait été accordé à son parent décédé : 15 932 € pour un frère ou une sœur. Cet abattement se partage entre les enfants représentants lorsque plusieurs neveux héritent à la place du même parent.
Le taux applicable reste celui des collatéraux du troisième degré, soit 55 %. La différence porte uniquement sur l’abattement, mais elle change le calcul final de façon notable.
Qui est exonéré de droits de succession ?
Un neveu n’est jamais totalement exonéré, sauf si sa part est inférieure à l’abattement de 7 967 €. D’autres héritiers bénéficient en revanche d’une exonération totale ou partielle :
- Le conjoint ou partenaire de PACS du défunt est totalement exonéré de droits depuis 2007.
- Les frères et sœurs ayant vécu avec le défunt pendant au moins cinq ans peuvent être exonérés sous conditions d’âge ou d’invalidité.
- Les héritiers atteints d’un handicap bénéficient d’un abattement supplémentaire de 159 325 €, cumulable avec l’abattement lié au lien de parenté.
Un neveu en situation de handicap peut donc cumuler les deux abattements, ce qui réduit très significativement les droits à payer sur sa part d’héritage.

Comparaison des abattements selon le lien avec le défunt
| Lien avec le défunt | Abattement | Taux d’imposition |
|---|---|---|
| Enfant, parent | 100 000 € | 5 % à 45 % |
| Frère, sœur | 15 932 € | 35 % ou 45 % |
| Neveu, nièce (direct) | 7 967 € | 55 % |
| Neveu, nièce (représentation) | 15 932 € partagé | 55 % |
| Non-parent, tiers | 1 594 € | 60 % |
Ce tableau illustre l’écart entre un enfant du défunt et un neveu. Pour 100 000 € hérités, un enfant ne paiera rien (l’abattement couvre l’intégralité), quand un neveu paiera plus de 50 000 € de droits. Ce n’est pas anodin dans une succession qui comprend un bien immobilier.
Comment calculer les droits de succession d’un neveu : les étapes
- Déterminez la valeur nette de la succession : actif total du défunt moins ses dettes.
- Identifiez la part revenant au neveu selon la loi ou le testament.
- Appliquez l’abattement : soustrayez 7 967 € (ou 15 932 € en cas de représentation) de cette part.
- Appliquez le taux de 55 % sur la base taxable ainsi obtenue.
- Vérifiez si des abattements supplémentaires s’appliquent, notamment en cas de handicap.
- Déclarez la succession et réglez les droits dans les six mois suivant le décès (douze mois si le défunt est décédé hors de France).
Je vous déconseille de faire ce calcul seul dès que le patrimoine comprend des biens immobiliers. La valorisation d’un bien varie selon la méthode retenue, et une sous-évaluation expose à un redressement fiscal.
Testament et donation : comment anticiper pour réduire les droits ?
Un oncle ou une tante peut transmettre jusqu’à 7 967 € à chaque neveu ou nièce tous les quinze ans via une donation, sans droits à payer. Au-delà de ce montant, le même barème à 55 % s’applique. C’est peu, mais ça se cumule sur plusieurs années si on s’y prend tôt.
Le testament permet de léguer à un neveu même s’il n’est pas héritier légal : ce qui est souvent le cas quand le défunt laisse des enfants. Sans descendants ni conjoint survivant, les neveux et nièces peuvent hériter de plein droit selon les règles de la dévolution légale.
Si le patrimoine comprend de l’immobilier, la question de l’indivision se pose très vite entre héritiers. Je vous invite à lire combien de temps une maison peut rester en indivision pour comprendre les contraintes pratiques que cela implique dans le règlement d’une succession.
Certaines familles envisagent aussi une SCI pour organiser la transmission d’un bien immobilier entre générations. Avant de vous lancer, lisez les inconvénients d’une SCI familiale : ce montage a des avantages réels, mais aussi des contraintes que beaucoup sous-estiment au départ.
Questions fréquentes
Quel est le droit de succession d’un neveu à une tante ?
Un neveu qui hérite de sa tante bénéficie d’un abattement de 7 967 € sur sa part, puis paie des droits de succession au taux de 55 % sur le montant restant. Si son père ou sa mère (frère ou sœur de la tante) est décédé avant elle, le neveu hérite par représentation et l’abattement monte à 15 932 €, partagé entre les représentants du même parent. Sans testament, un neveu dont la tante a des enfants n’hérite en principe de rien.
Quels sont les frais de notaire pour une succession entre un oncle et un neveu ?
Les frais de notaire sont distincts des droits de succession. Ils comprennent les émoluments du notaire, calculés selon un barème dégressif sur la valeur de l’actif successoral, les débours et la TVA. Pour une succession de 100 000 €, comptez environ 1 500 à 2 500 € d’émoluments. Des honoraires libres s’ajoutent pour les démarches complexes comme la rédaction d’un acte de partage ou la liquidation d’une indivision.
Quel est l’abattement applicable à une donation d’un oncle ou d’un neveu ?
Dans le cadre d’une donation entre un oncle et un neveu, l’abattement est identique à celui de la succession : 7 967 € par bénéficiaire, renouvelable tous les quinze ans. Au-delà, les droits de donation s’appliquent au taux de 55 %. Il n’existe pas d’abattement spécifique pour les donations dans ce lien de parenté : le régime fiscal est strictement le même qu’en cas de décès.
Quel est l’ordre de succession des neveux et nièces ?
Les neveux et nièces n’héritent pas automatiquement. Dans l’ordre légal de succession, les descendants directs (enfants, petits-enfants) passent en premier, suivis des ascendants et de la fratrie. Les neveux et nièces n’arrivent qu’en l’absence de ces héritiers prioritaires, ou par représentation de leur parent décédé avant le défunt. Sans testament, un neveu dont l’oncle ou la tante a des enfants vivants n’hérite de rien.



